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Le peintre Faya Kably, un mot contre l’oubli

septembre 7, 2015 Art & Culture, Portrait 5 Commentaires

Influence du courant surréaliste européen K-Faya

Dans cette note, nous tenterons de retracer certaines des stations de la vie de l’artiste feu Faya Kably, une façon pour nous de lui rendre hommage et de sauvegarder une mémoire soumise à l’érosion du temps ! N’ayant pas pu accéder aux travaux de cet artiste, nous nous sommes contenté de certaines de nos anciennes photos argentiques pour illustrer ce texte(*).

Faya Kably

Enfance

Né en 1958 à Figuig dans le quartier Ticherziwin à Zenaga de mère figuiguienne Fatima Kably (1935-1996) et de père lui aussi figuiguien Mohammed Akebley (1925-1961), il avait trois sœurs. La plus petite de ses sœurs est décédée à l’âge de quarante jours. Son père (surnommé Rguig) est décédé en 1961 à Oujda, à l’hôpital Al-farabi suite à une maladie qui l’a fait rentrer de France. Faya avait trois ans à l’époque. Il ne gardait aucun souvenir de son père mais son image ne le quittait jamais d’où cette quête obsessionnelle du père qui hantait son esprit surtout dans ses propos. Orphelin de père à trois ans, sa mère assurait tant bien que mal la vie de la famille et jouait le rôle de père et celui de mère. Elle subvenait aux besoins de ses enfants grâce au travail de la laine (azetta).

Des difficultés en matière de perspective

En pleine Guerre des Sables en1963, une bombe lancée depuis l’Algérie a failli le tuer. L’heureux hasard a fait qu’au moment du passage de la bombe qui a atteint la maison des voisins de Faya, il se penchait pour prendre sa balle. Il jouait avec un de ses amis sur la terrasse au moment où la bombe passait. Le décès de sa mère en 1996 était un coup très dur pour lui ; il ne pouvait pas supporter sa disparition car elle constituait tout pour lui : sa raison même de vivre et d’être.

Femme au champ

Scolarité

Il a fait ses études primaires et collégiales à Figuig pour ensuite partir à Oujda afin de les continuer au lycée Abdelmoumen et à l’université Mohammed Premier section langue et littérature anglaises. Il n’était pas brillant dans ses études mais il travaillait tout de même bien. Ses modestes conditions matérielles et les troubles des années soixante-dix et quatre-vingts du siècle passé ont fait qu’il les a abandonnées sans pouvoir les pousser. Ses études coûtaient cher à la famille qui vivait modestement. De ce fait il travaillait pendant les vacances d’été et cela allégeait un peu les choses.

Le père et le fils

Ses débuts dans l’art

Aussi loin qu’on va dans son enfance, on s’aperçoit qu’il dessinait déjà ! Son père était aussi peintre mais il ne l’avait pas connu ! Il avait élaboré une carte de Figuig lui qui était dans la Resistance à l’occupation du Maroc. Le dessin aurait été, pour Faya, une quête d’un père qui lui aussi dessinait.  Faya était très connu comme collectionneur de timbres (collège), de pièces de monnaies, d’images de chewing-gum (automobiles, avions, sportifs…). Il était autodidacte en tout. Il dessinait déjà bien à l’école primaire. Il était très connu pour son goût pour l’ordre, l’hyperbole et sa très grande sociabilité : il avait des amis dans tous les coins. Il a exercé et goutté à tout : crayon, peinture à l’huile, aquarelle, gouache, stylo, portrait, paysage, nature morte, caricature mais il avait un penchant pour le portrait…

Un homme

A l’université, il s’intéressait beaucoup au mouvement impressionniste puis il n’a pas pu résister aux charmes du  surréalisme. Salvador Dali fut son maître à penser ! Il a étudié l’histoire de l’art et des mouvements artistiques notamment européens. Il veillait tard la nuit avec ses tableaux pour donner forme à ses imaginations. Avec d’autres peintres figuiguiens comme Faya Baghdad et Môu Qadi, ils formaient un cercle de peintres qui s’intéressaient surtout à l’auto-formation en matière de l’art plastique mais les circonstances professionnelles ont voulu que ce groupe se disloque et Faya Kably a quitté Figuig pour travailler à Rabat dans une entreprise de publicité. Très mal payé, il a quitté cette ville pour retourner chez lui à Figuig. Ses dernières années, il travaillait la photographie et projetait de dresser les portraits de toutes les personnalités populaires à Figuig. Dans ses peintures, il avait une certaine préférence pour les couleurs vives : jaune, rouge, bleu, vert… Dans ses premières œuvres, il est aisé de voir jusqu’à quel point Faya avait du déficit en matière de perspective qu’il malmenait mais par la suite, il a su se rattraper. Il excellait surtout dans la copie d’œuvres ou à partir de support iconiques.

Jeune fille

Une santé fragilisée

Vers la fin de sa vie, il restaurait sa maison parentale et cela a gravement affecté sa santé lui qui souffrait déjà d’asthme un peu aigüe. La cigarette, l’humidité de Rabat et la poussière de la restauration de sa maison ont aggravé ses problèmes respiratoires.

Cuisinière

Un artiste tardivement découvert

Faya est passé une fois à Radio France culture et les éditeurs français d’Isabelle Eberhardt Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu ont découvert le talentueux Faya et lui promettaient de le lancer d’abord au Maroc puis à l’étranger. Hélas, il n’était pas au rendez-vous et son asthme a eu raison de lui. Il est décédé comme il est né dans le plus grand calme un jour d’hivers 2006.

Vieil homme

Des œuvres inaccessibles

Certaines de ses œuvres ont été vendues mais le gros de son travail reste chez sa famille « bien protégé » ! N’est-il pas urgent de mettre au jour l’ensemble de son travail pour ne pas le laisser disparaître sous l’effet des mites, de l’humidité et des réactions chimiques ?

Influence de Salvador Dali et de Miro

Sadaqa, préparation du couscous (la perspective)

Portrait (copie)

Motif sur plafond (maison de Faya)

Pilier atteint par une bombe algérienne en 1963

Faya, les derniers jours

 

Remerciements

Nous remercions infiniment Kada Rabah qui nous accompagné dans ce travail et Aïcha la sœur de Faya.

Note :

– La famille de Faya ne laisse personne voir ses travaux ni les filmer !

– Nous avons écrit ce texte sur la base de notre connaissance de Faya Kably qui était notre ami et sur la connaissance de son œuvre.

par Hassane Benamara

Figuignews.com 2015

Actuellement il y a "5 commentaires" sur cet article:

  1. Mostefa ELMOUNA dit :

    Faya KABLI, paix à son âme, est quelqu’un que j’ai connu quelques années seulement avant sa disparition. Il n’est pas de ma génération mais j’ai des souvenirs de lui, pendant les vacances d’été, comme une personne sociable et bien trop modeste dans son genre. J’ai remarqué qu’il n’était pas très disponible, peut-être à cause justement qu’il vaquait à la restauration de la maison de ses parents, celle qu’on voit sur les photos présentées ici. Car pendant que nous attablions sur la terrasse de l’un des cafés de Tachraft il passait en coup de vent, nous donnait des poignées de main sans s’assoir à nos côtés, bien qu’on l’invitait à rester quelques temps, boire une tasse de café avec nous et discuter quelque peu, surtout moi qui voulait tant faire un peu plus sa connaissance. J’ai encore dans mes souvenirs de lui, ce regret de n’avoir pas pu le connaître davantage, mais je découvre avec plaisir ici ce que j’ignorais de lui. J’ai beaucoup regretté sa disparition prématurée et j’ignorais complètement sa maladie et ses autres souffrances.

    Mon autre souvenir de lui était le jour où des copains lui ont rendu hommage dans l’une de ses expositions sur les murs de Lemderset Taqdimt. Faya m’avait fait alors le tour de ses œuvres de peinture en prenant bien soin de me commenter tableau par tableau et là, j’ai eu le sentiment, profane que je suis en la matière, d’être avec un grand peintre qui maîtrise sa matière comme un grand professionnel.

    La vie et les œuvres de Faya, enfant du pays, ont certainement enrichi le patrimoine artistique de notre chère patrie Figuig et Faya restera pour toujours une étoile qui brillera sur son ciel.

    Par la même occasion, je tiens à attirer l’attention des lecteurs sur nos autres artistes, les peintres en l’occurrence, et je pense à Mostafa Baghdad et j’en oublie, qui lui aussi, fait partie de cette élite. Je lui rends hommage et lui souhaite bonne continuation et longue vie.

  2. mokrane dit :

    Un très bel hommage à l’un des artistes qui avaient l’œil assez fin et le cœur assez large pour donner vie à des choses, des paysages, et des hommes inhérents à l’oasis de Figuig dans tous ses états.
    Faya llah irahmou était un ami, un guide, un grand frère… qui a ouvert la voie de l’art à beaucoup de jeunes de notre génération. De la peinture surréaliste, à la musique psychédélique (le Rock des années 1960) en passant par Balzac, les discussions étaient multiples et s’animaient sans cesse avec le grand Faya autour d’une théière au café de l’Hôtel. Vraiment Baudelaire avait raison lorsqu’il tranchait:
    « O douleur, o douleur le Temps mange la vie
    Et l’obscur ennemi qui nous ronge le coeur
    Du sang que nous perdons croît et se fortifie »
    Faya nous a quitté comme une hirondelle qui ne voulait pas achever le printemps de Figuig. L’hiver où il est décédé était affreux.
    J’admirais en lui le fait qu’il ne pouvait ou ne voulait pas toujours « expliquer » ses œuvres, parce que simplement il souhaitait qu’on les éprouve comme une partition musicale ou un poème, n’est-ce pas un grand artiste ce Faya parti trop tôt ?
    Je ne te remercierai jamais assez Faya pour les moments que nous avons partagés ensemble!
    Merci beaucoup Hassane et Figuig News.
    Jamal

  3. Mina dit :

    Bonsoir à toutes et à tous,
    Une très belle initiative de parler de notre grand peintre Faya Kably. Quand j’ai lu cet article, un souvenir émouvant m’est venu dans mon esprit ; mon échange, d’ailleurs, le seul échange que j’ai eu avec lui ; Si je ne me trompe pas, c’était l’été de 2003, il organisait une exposition de ses tableaux à ANNADI AKDIM. Il y avait un tableau qui ressemblait à celui exposé sur l’article « ASSADAKET » mais celui-ci, il y avait une femme qui attendait son fils de retour de l’exil et préparait un couscous au feu de bois de genévrier « ZIMBA ». Accompagnée de ma fille à qui je disais que cette scène immortalisée par notre peintre, je l’ai déjà vécu, je vois ma grand-mère qui préparait le retour de mon père. Soudain, le peintre Faya Kabli, s’approcha de moi, tentant de savoir qui se cache derrière mon drap blanc « Asmmirad ». Amusée par sa réaction, j’ai ôté mon drap blanc de mon visage et je l’ai salué et je me suis présentée. Ce fut un échange très intéressant. Malgré sa voix qui paraissait entamée par la maladie, une respiration difficile et très essoufflé, j’ai vu en lui une âme d’un grand artiste qui restera éternelle, comme on les voit à Paris, ce temple de l’art. Il m’a parlé de son rêve d’exposer ses tableaux au Grand Palais à Paris. Malheureusement, quelque temps après, j’ai appris son décès. Je me rappelle de ses tableaux, une empreinte d’un vrai historien qui est capable d’apporter un témoignage fidèle à la réalité de scènes de vie des paysans de Figuig.
    Faya repose en paix, Allah yarhamok, wa yoskinaka fissiha jinanek.
    A très bientôt

  4. abdellah chacroune dit :

    bonsoir cher figuiguiens figuiguiennes
    Merci Hassan pour ce rappel, c’est une noble cause
    pour moi de parler des gens modeste dans leur apparence qui cache une grandeur d’âme incomparable
    pendant les années 90 a l’époque ou j’étais jeune lycéen je fréquente beaucoup l’Hôtel sur la falaise . souvent je voyer faya sur sa table du café noir du tabac noir et de l’ancre noir ,et malgré la concentration du noir sur sa table je n’ai jamais senti de pessimisme dans ses discours
    il nous aider a faire nos devoirs d’angle et il nous conseillé toujours a s’intéresser à la philosophie des lumières on écoutant souvent sabah fakhri et oum kalthoum que lancer le fameux mou amar sur son
    magnétophone
    sur ouvrages la grandeur de son âme existe sur honorable image qu’il a donné à nos mères qui ont réussi la double tache maternelle et paternelle tout on gardant leur dignité malgré la pauvreté et intolérance de la nature à figuig
    merci encor hassan et bon courage a ton équipe

  5. Karima J'AimeFiguig dit :

    Du talent dans ces réalisations, qui seraient intéressants d’analyser pour croiser les regards.

    Beaucoup d’émotions et d’admirations dans vos écrits. Merci pour ce partage.

    Paix à son âme

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