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Douddou Fenzar, l’un de nos premiers combattants (appel à contribution)

juin 24, 2017 Portrait Aucun commentaire

Douddou Fenzar

Amnésie ou lecture « officielle » de notre Histoire  ? Une Histoire qui omet volontairement la lutte d’un peuple, une Histoire qui ne veut pas reconnaître les siens ! Tant d’hommes ont lutté pour ce pays, tant d’hommes sont morts pour ce pays et ils sont chassés de ses annales officiels de l’Histoire comme d’ailleurs ces grands Abdelkrim Alkhattabi, Moha o’Hammou etc.

La montagne Grouz, un lieu de grands combats pour la libération

Par cette modeste note, nous tenterons de mettre un peu de lumière sur un de ces hommes qui ont gravé leurs noms dans notre Histoire et que l’on passe sous silence. Il s’agit de Douddou Fenzar surnommé Qichew.

Qui était Douddou Fenzar ?

Douddou Fenzar ou Hmed o’Fenzar surnommé aussi Qichew est né en 1868 à Figuig où il a passé toute sa vie. Il était père d’une famille composée de cinq filles et de trois garçons. Il faisait partie de ces tireurs d’élite que comptait le ksar Zenaga à l’époque et il était connu pour son penchant pour la chasse où il excellait bien. On dit de lui qu’il ne ratait aucune de ses cibles même en fermant les yeux. Il vivait, comme presque la totalité des gens de Figuig de l’époque, du travail de la terre et il menait une vie très modeste. Le sobriquet Qichew qui dérive du mot (ich – ichew – qqichew -qichew) … qui signifie « corne » ou « crête » en tamazight lui est venu d’une célèbre phrase qu’il aurait dite à un colon français qui voulait l’humilier : « Welleh neqqichew 3lik ! (Je te jure que pour toi j’escaladerai les montagnes) » C’est à dire qu’il était près à se lancer dans le maquis contre ce colon, pour l’honneur. La phrase est moitié arabe dialectale, moitié berbère car les colons français avaient des guides arabes ou arabophones et parfois même ils parlaient l’arabe dialectale mais jamais le berbère. Le mot « qicchew » est berbère. On dit aussi dans certaines versions que ce surnom lui est venu d’une réponse qu’il aurait donnée en guise de point de vue aux sages de son ksar qui l’avaient sollicité pour voir que faire devant l’avancée de l’armée coloniale française vers l’actuel sud algérien qui constituait l’espace vital de Figuig. Il leur aurait donné une réponse très courte : « Tqichewt »  « sommet de la montagne » c’est à dire la lutte armée. Ce sont donc les deux versions que nous avons pu trouver pour ce surnom collé fièrement à ce combattant des premiers temps. Douddou Fenzar qui, dit-on, a tué un haut gradé de l’armée française avant 1903 était un de ces combattants populaires qui n’étaient pas enrôlés par un parti ou une organisation politique. D’ailleurs il n’y avait pas de parti politique à l’époque. Certaines confréries religieuses tenaient le rôle de partis politiques parfois car dans d’autres situations elles déviaient énormément en divinisant leurs maîtres, en usurpant les biens des populations, en se donnant à des actes de décadences morales au nom d’Allah et parfois même elles étaient manipulées par les colons. Douddou Fenzar ne faisait donc partie d’aucune organisation politique. Son époque était celle des premiers moments de la prise de conscience de la nécessité d’une lutte armée de libération par le peuple dans cette région de Figuig car dans le reste du Maroc, la France n’était pas encore arrivée à cette époque. Cet homme n’a lutté ni pour arriver au pouvoir ni pour bénéficier d’une quelconque reconnaissance qu’elle soit monétaire ou de prestige. On raconte qu’une femme juive de Figuig l’ayant vu très pressé sur la route un jour lui a demandé : « Mais où vas-tu ainsi Douddou ? » a reçu de lui cette réponse : « Pour libérer ma terre ! Pour la lutte, ô lalla (ma chère) ! » Nous avons cherché sur ce monsieur sans trouver beaucoup d’informations vu peut-être le facteur temps qui nous sépare de son époque mais, pensons-nous, pour deux autres raisons importantes : la première est que la population même si elle glorifie ses héros parfois en allant jusqu’à les mythifier considère le combat comme un devoir et donc comme un travail très normal et très banal. La seconde est que les instances officielles n’accordent pas d’importance à ce type de héros qui n’obéissaient pas aux critères officiels ! Chacun écrit l’Histoire selon ses propres intérêts ! Que dire d’un pays qui ne reconnaît pas encore ses grands combattants comme Abdelkrim Elkhattabi, Moha o’Hammou et tant d’autres que toutes les résistances et révolutions internationales du XXème siècle donnent comme exemple et citent comme grands maîtres ? Le Maroc ne s’est pas encore réconcilié avec sa mémoire et ne reconnaît pas parmi les siens ceux qui ne sont pas au pouvoir. La version officielle de l’Histoire du Maroc suscite beaucoup de rire et de colère chez les jeunes générations.

Douddou Fenzar est décédé en 1962 sans pompes ni bruit à l’époque de l’indépendance de l’Algérie. Il est parti sans avoir vu les nombreuses humiliations qu’ont subis les siens et les énormes pertes de ces territoires où il chassait et d’où il vivait ! Ses petits enfants ne peuvent hélas pas se rendre dans ces terres pour lesquelles il a lutté ! C’est que le combat n’est pas encore fini !

C’était un mot contre l’oubli de nos héros très populaires !

Sur ce combattant, on peut lire un petit fragment dans un travail de Abdelkrim SAA in :

« Les événements de Figuig 1903 à travers la mémoire locale » (en arabe), actes du colloque national : le centenaire du bombardement de Figuig, organisé à Figuig le 8 août 2003, Rabat : publications du Haut Commissariat des Anciens Combattants et Membres de l’Armée de Libération

*Nos remerciements pour tous ceux qui nous ont informé sur ce monsieur et notamment son petit fils Faya Fenzar.

Hassane Benamara Figuignews.com 2017

 

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