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Urgent : l’armée interdit l’accès au peu qui reste de Taghit d’en bas !

février 12, 2013 Actualité 50 Commentaires

Les Figuiguiens se sont réveillés aujourd’hui 12 février 2013 et à leur actif un autre interdit qui vient s’ajouter aux interminables interdits que connaît cette maudite contrée : celui d’accéder à leurs palmiers situés à Taghit près du lieu dit Ssed n At Mali. Il s’agit d’un interdit qui vient s’ajouter aux nombreuses restrictions de circulations imposées aux populations de Figuig depuis l’indépendance du pays.

Une partie de la zone concernée par le nouvel interdit !

… La suite

Taghit de Figuig ou la fin de l’Histoire

décembre 17, 2009 Dossier 2 Commentaires

Taghit est l’un des lieux de Figuig occupés par l’homme depuis la préhistoire. Il est très riche en matière d’archéologie et il est l’un des premiers sites préhistoriques de la région à être connus par la communauté scientifique internationale sous le nom de Col-de-Zenaga. Localement cette région est « sacrée » avec ses quatre-vingt-dix-neuf saints (oualis) mais apparemment aujourd’hui, on ne veut plus d’elle !

Hassane BENAMARA  Http://www.figuignews.com

 

dos_tffh_01Taghit, une vue.

Une Histoire très profonde

Taghit de Figuig ! Oui dans cette note il ne s’agira pas de l’autre Taghit du sud de Bechar en Algérie, elle aussi très riche en matière d’Histoire. Taghit de Figuig donc est d’une importance capitale pour la préhistoire de l’Afrique du Nord. Elle renferme le fameux bélier à sphéroïdes, des inscriptions tifinagh et des chars rupestres pour ne citer que ceux-là. Elle constitue avec Zouzfana les premiers lieux occupés par l’homme dans cette région et c’était un point de passage incontournable vers le Grand Sud. Certains intellectuels figuiguiens attribuent, à tort, le site de Taghit (Tadrart n Hemmou Hekou Chaïta) aux Egyptiens qui auraient occupé cette région, d’autres le romanisent tout simplement par allergie à tout signe berbère. Au niveau scientifique, en dehors de certains français surtout les militaires du début du vingtième siècle, qui en voyant le bélier à sphéroïde de Figuig ont pensé à celui de l’Egypte, personne ne parle d’Egypte dans ce coin du monde et le « mouton » d’Egypte n’a rien a voir avec celui de Figuig. A cette époque l’archéologie était encore à ses débuts et beaucoup plus proche de la littérature que de la science. Les Egyptiens anciens n’ont jamais foulé cette terre et les romains non plus ; en tout cas nous ne disposons d’aucun indice pour affirmer de tels « certitudes ».


dos_tffh_02Bélier à sphéroïdes de Taghit, une tour de guet et le reste d’un four à chaux.

dos_tffh_03
Obélisque qui remonte au temps des Pharaons. C’est la seule preuve que les Egyptiens étaient à Figuig. Tronc d’arbre sans feuilles avec une base constituée de toutes sortes de poubelles.

 

 

 

 

 

De la préhistoire en passant par la protohistoire, cette région a toujours été occupée par l’Homme et a connu toutes les périodes de la chasse à l’ordinateur (de l’homme chasseur-cueilleur à l’homme casseur-pollueur). On se souvient encore à Figuig de la fameuse héroïne Leïla et de son amoureux Amer (une sorte de Roméo et Juliette de Figuig) qui habitaient le ksar de Taghit.

Cette région qui a connu toutes les périodes historiques a malheureusement aussi connu toutes sortes de pillages et de défiguration : des cimetières de Tighedouin et de bien d’autres coins ont été éventrées, vidées de leurs substance et complètement défigurés pour d’éventuels trésors. Ses pierres et ses stèles funéraires ont été déplacées ou récupérées pour être réutilisées dans le ksar de Zenaga et ses jardins.

dos_tffh_04Une partie du système de récupération des eaux dit « tanoutine ».
 
 
dos_tffh_05Foggaras (Tissefline) vues d’en haut.

dos_tffh_06Une palmeraie verdoyante et très dense

Viennent les temps modernes avec la colonisation française ; des batailles ont bien vu le jour dans la palmeraie de cette région. Les français d’alors ont vite compris qu’une guerre dans la palmeraie signifie une défaite cuisante devant une petite population démunie et ils ont opté pour la montagne et le bombardement de Zenaga en 1903. Figuig est vaincu et plusieurs de ses terres lui ont étés confisqués. C‘est l’heure des indépendances, les Figuiguiens sont chassés de la partie sud de Taghit (Taghit n Wadday) qui fait partie aujourd’hui du territoire algérien contrairement à la minuscule Taghit d’en haut ou du nord(Taghit n Oujenna) qui est restée marocaine. Les sites préhistoriques avec leurs belles gravures rupestres ne sont plus accessibles, les palmiers dattiers de la partie sud ont rendu l’âme, les bassins sont séchés, les fouggaras effondrées, les fellahs remplacés par les militaires, les pioches et les faucilles ont cédé la place aux mitraillettes et aux baïonnettes et les postes militaires y poussent comme des parasites là où jadis on plantait des carottes et des navets. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les autorités marocaines achèvent le tout en interdisant l’accès au petit périmètre qui reste aux figuiguiens : les années de plomb obligent.

dos_tffh_07Taghit d’en haut.

Ce qui est intéressant avec les colons français c’est qu’ils empruntaient, pour passer de Figuig à Beni-Ounif, la route qui passe sous la montagne Taghla évitant / respectant par là la palmeraie et les cimetières.

dos_tffh_08La route qui relie Figuig et Beni-Ounif passait autrefois sous la montagne Taghla pour éviter les palmiers et les cimetières.

 Les français sont partis et les marocains de l’indépendance ont bien osé changé de route en traversant la palmeraie avec tout le massacre des palmiers et des cimetières que cela a entraîné et cela à une époque ou un passé où on ne parlait pas d’environnement. Mais quel présent !…

Un présent exécrable

Aujourd’hui, Taghit du nord est une véritable décharge et les malheureux palmiers dattiers qui nourrissaient les Figuiguiens autrefois sont transformés en véritables mannequins pour les derniers modèles de la haute couture « poubellisante ». Tout est sale et toutes sortes de saletés s’y trouvent : plastique, carton, charognes, verres, fers, médicaments usés, … Un paysage à ne pas voir ! Les gens continuent à y mettre leurs poubelles ou à la jeter dans l’oued Ighzer Ameqqran qui transporte tout et accroche tout aux palmiers.

dos_tffh_09Qui oserait soutenir que Taghit est propre ? 
 
dos_tffh_10Pissotière ou égout ? Comme on veut. C’est à Taghit.

Les égouts aussi ! Tout le monde croit qu’il n’y a pas d’égout à Figuig. Eh oui, il y’en a quand même une ligne (pour justifier certains budgets détournés) qui, à des moments, devient opérationnelle et dégage les eaux usées de certains coins très précis.

Les responsables à Figuig veulent à cor et à cri et à tous prix que ce lieu loin à peine de deux cents mètres des dernières maisons du sud de Zénaga soit un terminus pour les égouts de Figuig et ceci en 2009, c’est à dire une fosse septique, elle qui normalement constitue un poumon de cette ville-oasis. Si Taghit a fait notre fierté, nous, nous faisons son malheur et sa honte !

dos_tffh_11Taghit sud : aucune trace de vie d’autrefois et des postes militaires(en rouge) qui veillent à ce que la mort règne.
  dos_tffh_12Après la barrière (mur de Berlin) commence Taghit sud ou l’hécatombe pour les palmiers.

La leçon de Taghit

Taghit qui n’est pas seulement un patrimoine régional mais national et même universel prouve à quel point Figuig est ancré dans le passé et à quel point cette ville a une origine et une histoire dont personne ne connaît le début. Avec Taghit, on peut même parler de l’Homos-Figuigus comme on parle de l’Homo-Sapien. Elle peut nous renseigner, entre autres, sur des techniques ancestrales qui contribuaient à contrecarrer les oueds qui nous terrifient aujourd’hui avec notre technologie, nos budgets et nos savants. Les « tanoutine » sont une véritable leçon pour ceux qui veulent lutter contre la désertification et pour ceux qui veulent préserver les eaux… Tant de leçons et la dernière qu’elle peut nous donner c’est celle d’aujourd’hui : nous sommes tout simplement trop sales et trop ignorants et nous sommes entrain de tuer une de nos fiertés nous qui nous croyons très instruits !

dos_tffh_13Des systèmes ingénieux pour préserver l’eau des oueds.
dos_tffh_14Une vue de Taghit nord.

Taghit en 2015

C’est 2015, un Figuiguien qui avait quitté Figuig en 2008 est revenu de l’étranger. Comme il s’ennuie un peu à Tachrafte, il se dirige vers Taghit et en s’approchant de ce lieu il ne peut croire ses yeux ! Ce n’est pas Taghit qu’il a connu ! C’est un grand parc naturel doublé de musée à ciel ouvert avec des animaux qui vivent en paix à côté des hommes, des indications sur les tombes, sur les restes de murs et même sur les palmiers, des indications sur ce fameux système de récupération des eaux des pluies qu’on appelle scientifiquement « tanoutin » car la communauté scientifique a adopté ce mot berbère. Des coins pour se reposer, pour méditer, pour manger, pour revivre l’histoire de cette région en 3D !!! Ce n’est pas vrai ! Aucune trace des poubelles à l’exception de quelques photos prises avant le nettoyage et la réhabilitation de ce lieu et qu’on a bien gardées dans le musée dit Taghit ! Il y voit une maîtresse avec ses élèves qui travaillent tout près d’une tombe du treizième siècle, d’autres qui dessinent le système d’irrigation souterrain (Tissefline) sur leurs cahiers d’écoliers, un coin où l’on peut se procurer gratuitement toutes sortes de documents sur cette région et qui sont écrits dans toutes les langues même en tamazight. C’est incroyable ! Nous Figuiguiens avons-nous changé en six ans ? Sommes-nous réconciliés avec notre terre et avec notre histoire ? Il frotte ses yeux et il voit toujours ce merveilleux poumon de Figuig : la belle, la rebelle, la sacrée Taghit de toujours que nos ancêtres ont vénérée et défendue avec du baroud.

 dos_tffh_15

Berkachou ou la célébration du phallus

novembre 19, 2009 Art & Culture 1 Commentaire

BerkachouBerkachou est un rite berbère célébré à Figuig chaque année. Sa date de  célébration coincide avec la fête musulmane du Mouloud (naissance du prophète Mohammed),  même si aucune relation n’existe entre ce rite antéislamique et la religion musulmane. Ce qui a permis à ce rite de survivre à travers les  siècles est probablement le choix de cette date religieuse…

 Ce texte traite de ce rite qui survivait encore dans le ksar d’At Lamiiz avant qu’il ne soit interdit par une sorte de fatwa locale par le fkih de ce ksar. Il se trouve également dans le ksar de Taghit près de Bechar(Algérie).

 

 ——————————————————————————— Par Hassane Ben Amara

Etymologie :

 

Aujourd’hui, l’étymologie de ce mot échappe aux habitants de Figuig, même aux plus âgés parmi eux. Cette dénomination ne renvoie donc plus qu’à cette fête berbère.

D’après notre connaissance de la langue berbère, ce lexème est composé du préfixe [ber] et du mot /kaccu/ (c=ch). « ber » signifie « grand » ou « hyper ». Il figure sur plusieurs mots berbères : /berkukes/ par exemple signifie « couscous de grande taille ». /ber/ = « grand », /kukes/ = « couscous ». /kukes/ est obtenue après la chute de la consonne /s/ ; (/kuskes/). /kaccu/ signifie « bâton » ou « bois ». Il est obtenu à partir du mot /aqeccud/ (le souligné signifie emphase) qu’on trouve dans plusieurs variantes de la langue amazighe : /aqeccud/  = « bois ».

Dans le parler berbère de Figuig, /kaccu/ est le diminutif de /aqeccud/. Dans d’autres parlers (Moyen-Atlas par exemple) il signifie « le bois » sans idée de diminutif.

Le recours au diminutif est là pour « faire charmant » (ce qu’on appelle « l’hypocoristique » en rhétorique). /kaccu/ fait aussi partie du lexique bébé berbère connu par la transformation du phonème /q/ du langage adulte en /k/.

Berkachou signifie donc « grand bâton » avec une idée méliorative ou un jugement favorable. Nous verrons plus tard la raison de cette appellation.

 

Préparatifs :

 

Avant la célébration de Berkachou, un groupe de jeunes volontaires de sexe masculin, se donnant pour mission l’animation de cette fête, choisit parmi les jeunes de son ksar (aghrem) celui qui conviendrait le mieux au jeu : un garçon fort de grande taille…

Le choix étant fait, certains parmi les membres de ce groupe annoncent aux habitants de l’aghrem leur décision de prise en charge de la fête, sans toutefois dévoiler le nom du garçon élu qui restera inconnu, même après la cérémonie, pour lui épargner l’opposition de ses parents qui refuseraient de voir leur fils jouer « au clown » devant les yeux de centaines de spectateurs et pour lui épargner la vengeance de ceux qu’il provoquerait pendant la fête. Le bon déroulement de cette fête exige que certains membres du groupe (en plus du jeune choisi) soient inconnus aux gens de l’aghrem. Après la diffusion de la nouvelle, ces jeunes collectent de l’argent que leur offrent ceux qui désirent le faire.

Une partie de cet argent sera réservée au festin (/aqbuc/) fait par et pour les organisateurs de Berkachou, l’autre partie sera accordée au jeune qui sera le héros déguisé de cette grande nuit (/idmeqqren/). Une maison inhabitée ou non fréquentée, de préférence, non dévoilée aux At ughrem (habitants du ksar) désireux de dévoiler le mystère, sera choisie par le groupe pour ses préparatifs.

Enfin les animateurs de Berkachou partent dans les jardins à la recherche de « azzli » (trame fibreuse qui se trouve entre les écailles des palmiers) qui servira à déguiser le personnage central de la fête. De tous temps, les Figuiguiens n’utilisent que ces feuilles  pour masques de ce jour. Le palmier est une plante sacrée en raison de l’importance qu’elle avait pour l’économie de cette ville (Figuig) avant l’arrivée de la France en 1903, Aujourd’hui la forte émigration des Figuiguiens vers la France a changé l’ordre des choses.

 

Célébration

 

C’est le jour de Berkachou. Nos jeunes dînent chez eux pour que le secret ne soit pas divulgué ; ils partent ensuite vers le local qu’ils ont soigneusement choisi pour leurs préparatifs. Ils commencent par préparer leur « aqbuc » (festin) pour enfin déguiser le garçon de leur choix de façon à le rendre méconnaissable.

Ses organes sexuels sont mis en relief : il s’agit bien de la célébration du phallus, symbole de la fertilité, de la vie et de la reproduction. En guise de pénis, les organisateurs de la fête accrochent à leur ami un grand bâton d’où la dénomination « berkachou » (grand bâton).

Le phallus est considéré comme élément fécondant, d’où le recours à l’hypocoristique et au dimunitif /kaccu/ au lieu de /aqeccud/. À la place des testicules, deux aubergines ou autres légumes sont attachés entre les pieds de monsieur Garçon /abziz/.

Le costume étant achevé, le groupe forme un convoi précédé du déguisé et entouré de joueurs de tambours (doundoun) et de castagnettes (tiqerqarin). Il passe dans les rues de l’aghrem en répétant des chants fortement érotiques indéchiffrables : personne, à l’exception du choeur, n’arrive à décoder les chants de Berkachou même s’ils sont en langue du peuple (en tamazight).

Arrivé sur la grande place (tachraft) le héros, entouré des habitants d’aghrem dans un climat baigné de chants, de tambours et de castagnettes, s’amuse à exhiber ses organes sexuels (bâton) qu’il dirige vers ceux qu’il désire. Tout lui est permis ce jour-là : il peut toucher aux filles, aux femmes…

Il ne s’agit quand même pas d’une orgie car, même si ce jour semble réservé à se libérer des carcans de la morale contraignante, des interdits et des tabous, les choses ne vont pas bien loin. La liberté accordée au jeune masqué à toucher ceux qu’il désire et à diriger son sexe en direction des vieux et des femmes est probablement la raison qui incite les organisateurs de la fête à ne pas dévoiler son nom au public.

Les citoyens fêtent ainsi Berkachou toute la nuit dans le chant, la musique, le rire et la danse. Vers la fin de la nuit, à une heure tardive, le groupe retourne vers son local pour manger et se reposer : c’est la fin de la fête.

Ce rite est encore célébré à Figuig mais il est très menacé de disparition. Il faut remarquer qu’il a déjà disparu à Figuig-d’en-bas (Zénaga) où seuls quelques vieux se souviennent l’avoir joué. À Figuig-d’en-haut il demeure encore chez les At Lamiz.

NB: Artcle paru in la revue Tifinagh N° 9 / 1996  p.p. 69-70.

Figuig et ses terres confisquées

octobre 16, 2009 Dossier 3 Commentaires

Sommaire

 A) Figuig, l’enclume, le marteau et le forgeron 

(Colonisation, conspiration, complicité, torture, abandon, aliénation, mépris… : chronique d’une souffrance sous silence).

 

B) Traité des frontières

1) Traité Lalla Maghnia(1845) (fichier PDF)

2) Traité 1972 (fichier PDF)

3) Traités(plusieurs traités signés avec le Maroc (fichier PDF)

4) Expérience algérienne en matière de délimitation des frontières terrestres (fichier PDF)

5) Un livre sur les frontières en  Afrique (du XII° au XX° siècles) (fichier PDF)

 

C) Régions confisquées ? Cédées ? 

       Terres d’un peuple désormais sans terre.

 

 © Dossier préparé par Hassane BENAMARA

 

 

 Aperçu historique (Événements racontés par la population)

 

 Les frontières algéro-marocaines !! Territoires confisqués par la France, cédés par le Maroc ou amputés par l’Algérie ? Un sujet d’une complexité ! 

Cette note ne se veut ni analyse, ni histoire d’un conflit mais un simple regard un peu différent un regard d’une population qui subissait un destin  dont elle ignorait tout sous un silence mortel : le mot d’une population muette.

 

Fin dix-neuvième siècle / début vingtième.

Vers la fin du XIXème siècle, la France coloniale expansionniste avance vers le sud algérien (le sud oranais ou le Sahara), « les populations » de Figuig et de ses régions voient en cela une menace pour leur espace vital et donc pour leur existence.

Des affrontements militaires ou armés se déclenchent et une résistance farouche est menée mais la disproportion en nombre et en armes fait que les colons prennent le dessus et la ville est vaincue (1903). Figuig est donc soumise. Le pouvoir central marocain trop faible reste absent de la scène. Il faut signaler même qu’il était complice à plusieurs égards des colons comme l’indiquent plusieurs documents français de l’époque.

Profitant de la faiblesse d’un pays en faillite et sans aucun pouvoir réel sur son territoire, les français lui ont fait signer des traités le privant de plusieurs parties de ses terres situées à l’est de ce royaume(notamment le traité de Lalla Maghnia).

Figuig est ainsi privée de tout son espace vital toutefois l’accès à ces terres est quand même possible sans armes bien sûr pour « les populations locales ».

 

Années 30-40

La France installe une base militaire ultra-secrète dans la région de Tamedmayt (Âattaq) connue sous le nom de B-2 Namous. Elle y expérimentait des armes chimiques et biologiques.

 

Années 50

– On payait des impôts dits (ttejrid) aux autorités françaises et certains territoires sont inaccessibles à moins d’avoir un laisser-passer accordé par ces mêmes autorités.

– La palmeraie Tasra est inaccessible sauf « laisser-passer »

MaâderTamedmayt est inaccessible « zone militaire : zone d’accès aux lieux des expérimentations des armes chimiques françaises B-2 Namous »

 – Le problème n’est jamais soulevé et le Maroc n’a jamais parlé de ces territoires. Ce mutisme a pesé trop longtemps sur les figuiguiens.

 

Années 60

– Indépendance de l’Algérie  en 1962

– Guerre des sables en 1963 (Le nassérisme et le panarabisme poussent)

– Fermeture des frontières entre le Maroc et l’Algérie.

 

Année 1972 

– Coup d’état au Maroc. La ville de Figuig assiégée par l’armée marocaine, populations  désarmées et une répression sans précédent s’abat sur la région. C’est une véritable colère royale : les années de plomb !

– Signature d’un traité avec l’Algérie sur les frontières. Figuig est privé de tout son espace vital. Les populations ne sont pas au courant et le Maroc laisse le doute et diffuse l’ignorance. L’Algérie est accusée mais officiellement ce sujet n’est jamais évoqué.

– L’armée marocaine ferme l’accès aux quelques territoires qui restent encore accessibles et chasse tous les fellahs de ces régions.

– Instauration d’un laisser – passer par les autorités marocaines pour accéder à certaines terres agricoles marocaines. Pour voir son jardin, il faut avoir un papier et passer par des postes militaire (check pot)

– Des marches ont été organisées vers ces territoires cédés par la suite à l’Algérie. Elles sont réprimées.

Depuis ces temps être figuiguien est un délit (cette situation va perdurer jusqu’à la fin des années 90)

Année 1976

Alors que le Maroc s’occupait du Sahara Occidental (la marche verte) L’armée de Boumediene  avance vers l’ouest (l’est marocain). Bien des territoires ont été « confisqués » et les fellahs de Figuig chassés par une armée nombreuse et très violente (au moment de la cueillette des dattes l’armée algérienne a organisé des razzia, a chassé les fellahs de leurs terres et cueilli les dattes qu’elle a acheminée vers Beni Ounif).

Ne pouvant plus riposter car les populations locales sont désarmées et sévèrement punies en 1972 par l’armée marocaine, des marches ont été organisées vers les territoires confisqués : l’armée du royaume a bloqué les populations jouant ainsi le jeu des algériens. On a compris alors que le Maroc était complice de l’Algérie et que le territoire est « cédé » ou « vendu » aux algériens par « colère royale… »

Les figuiguiens se sentaient déçus, menacés et trahis par un Maroc qui les abandonne et une Algérie qu’ils ont très bien soutenu (homme, armes, refuge, nourriture) et qui se retourne contre eux.

Le traité de 1972 par lequel le Maroc a cédé d’immenses territoires à l’Algérie était inconnu par les populations locales. Les autorités marocaines n’ont jamais parlé de ce fameux traité signé par Monsieur Benhima et Bouteflika.

La même année plusieurs familles marocaines ont été expulsées de l’Algérie toutes nues par Boumediene. Plusieurs d’entre elles sont passées par le poste de Taghit.

Années Fin 70-80

Malgré tout des populations se rendaient clandestinement la nuit dans certaines palmeraies interdites pour récupérer ce qui peut l’être(les dattes).

Plusieurs personnes ont écroué plusieurs mois à Bechar(en Algérie) et par récompense à Oujda. En effet toute personne arrêtée par l’armée algérienne et ayant passé dans les prisons algériennes devait passer dans les prisons marocaines. La plupart du temps des militaires algériens, souvent des lycéens en service civile, trouvaient un vilain plaisir à jouer au cow-boy en menant des incursions vers le territoire marocain et en enlevant des bergers, des jeunes, des vieux, du matériel (vélos, motos…)

L’armée marocaine de son côté confisquait aux fellahs leurs dattes, leurs outils et leurs montures et les rendaient à la justice qui les accusaient de transgression des lois et des frontières.

 

Années 90

– Un minuscule territoire est ouvert aux populations.

– Déclenchement de la première guerre du Golf : le territoire est fermé par l’armée marocaine. Dans l’anarchie la plus absolue et la logique du tout sécuritaire, l’armée marocaine réprimait toute personne accédant à ces territoires en les rendant à la gendarmerie royale et en leur confisquant leurs vélos / motos et leurs outils de travail(un objet confisqué n’est jamais retrouvé, un vélo « massacré » n’est jamais réparé).

Résistant malgré tout, on continuait à se rendre à ce minuscule territoire mais le doute, l’incertitude, l’intervention et le pillage sans cesse des armées des deux pays ont fait qu’un grand nombre des habitants de la région a cédé et a cessé de s’y rendre.

 

Années 2000

Novembre 2007 des postes supplémentaires ont été ajoutés par l’armée marocaine. Les algériens ont construits des postes trop bien équipés et plus grands que des lycées. La ville-oasis Figuig est entièrement quadrillée sous prétexte de dangers multiples  » terrorisme et émigration subsaharienne clandestine » : 200 à 300 mètres séparent un poste frontalier d’un autre du côté marocain et autant du côté algérien.

 

Toute cette souffrance passe inaperçue et jetée aux oubliettes. Au niveau marocain, on n’en parle guère que pour faire des coups médiatiques et pour les partis politiques de gauche comme de droite un bon argument pour les campagnes électorales.

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L’Amicale Tachraft pour l’Environnement et le Développement par elle-même

février 13, 2017

Aqbouch 2016 Il s’agira d’une présentation de l’ATED (Amicale Tachraft pour l’Environnement et le Développement) fondée le 23-08-2004 et d’une présentation de certaines de ses nombreuses activités.

Les voleurs de Figuig

février 6, 2017

Quartier Baghdad souvent frappé par des vagues de vol Le vol n’est la particularité d’aucun peuple ni d’aucune population. Rien n’est aussi fréquent que le vol. Rien d’anormal donc mais à Figuig, par opposition à d’autres lieux, il semble qu’on tolère les voleurs et le vol. Et la grande question reste celle du pourquoi.

Mennassa, une eau aux vertus miraculeuses

janvier 31, 2017

Mennassa, le puits et l’abreuvoir Un puits situé au pied du djebel Maïz est réputé pour son eau aux vertus curatives miraculeuses mais qu’en sait-on au juste ?

Célébration du nouvel an amazigh à Figuig et à Paris

janvier 25, 2017

Les bourgeons de Nahda vous souhaitent une bonne année 2967 Le nouvel an amazigh 2967 est célébré à Figuig par l’association ATED et la jeunesse de l’USFP, chacun à sa manière. A Paris, une fête musicale sera organisée par l’AZF-France.

Figuig se met au blanc

janvier 20, 2017

Bonjour Figuig Le soleil se réveille et « ô merveilles ! Qu’est ce qu’il est blanc ce Figuig ! » Non, soleil ! Il dort encore sous son drap blanc tout froid ! La nouvelle année s’annonce blanche et arrosée car notre noyau de « berkoukes » est trouvé par notre oasis ! Dépaysez-vous un peu !

Que reste-t-il de la bijouterie de Figuig ?

janvier 19, 2017

Aqeyyar, bijou conçu à Figuig vers le début du vingtième siècle (H 3,5 cm) Nos bijoutiers ont disparu et notre bijouterie s’est subitement éteinte mais qu’en reste-il et qu’en sait-on ?

Société civile au secours des services de la santé, une première !

janvier 15, 2017

Dispensaire de Zenaga Une association qui aménage un centre hospitalier publique c’est quand même une première au Maroc. Cela arrive à Figuig et c’est une initiative de l’Association Tacharft pour l’Environnement et le Développement.