Figuig, l’oasis du Maroc oriental

avril 25, 2010 Art & Culture 1 Commentaire

Séduction. «Entrez, laissez-vous conduire par le chant de l’eau, venez vous perdre sur les chemins de l’oasis et dans les dédales des ksours, vous êtes les bienvenus. » c’est ainsi que Figuig vous invite à la découvrir et à vous y évader.

poemeLa petite ville de l’oriental vous ouvre ses bras et vous livre ses secrets sur les pages du dernier livre édité par l’agence de l’Oriental « Figuig, la ville oasis du Maroc Oriental. Ecrit par Amar Abbou et Marianne Boilève et illustré par Pierre Witt, cet ouvrage se présente comme une carte postale de la ville de Figuig. Au fil des pages feuilletées, le lecteur apprend à connaître Figuig de bout en bout. Le livre propose en fait une visite guidée de la ville. Ses outils : plein de belles photos pour séduire le lecteur et du texte pour l’informer sur son histoire, son architecture, ses monuments, ses paysages, sa nature, ses habitations…
… La suite

4ème édition du festival des cultures des oasis

La ville de Figuig abrite du vendredi 23 au 25 avril 2010 la 4e édition du festival des cultures des oasis, qui connaitra la participation de plusieurs troupes artistiques et acteurs oeuvrant dans le domaine de la créativité et de la culture.
Initié en partenariat entre le Ministère de la culture, l’Agence de l’oriental, le Conseil municipal de Figuig et l’Institut Français de l’oriental, ce festival a pour objectif la valorisation des oasis qui ont été toujours des domaines de coopération, d’échange, de paix et de relations entre les différents peuples.
Cette rencontre culturelle et artistique, a également pour objectif de mettre en exergue le patrimoine spécifique des oasis, leurs caractéristiques et potentialités dans les domaines socio-économiques et culturels.
Au programme de ce festival figurent notamment diverses expositions d’artisanat, d’arts plastiques, de documents, de manuscrits et de photographies.
Des stands d’exposition des produits des oasis, des films documentaires, des ateliers de formation, des conférences et des tables rondes sont également prévus lors de cette 4e édition du festival des cultures des oasis.

Source: http://www.ville-figuig.info/

 

Télécharger le programme du festival en pdf: version arabe & française

L’affiche du festival

 

La bande annonce du Festival

 httpv://www.youtube.com/watch?v=GlhbTk2wfyM&feature=player_embedded

 

Figuig, une forteresse aux mille et une bicyclettes

avril 18, 2010 Dossiers 3 Commentaires

 

La ville est formée de plusieurs plates formes à différentes altitudes. Ce sont notamment les sept ksour qui constituent notre cité.

Comme disaient les colons, c’est une tache verte sur un buvard jaune. Une municipalité où l’usage du vélo est très fréquent. Ces deux-roues, de différents calibres et de marques, sont constamment utilisés, surtout par les hommes. Il n’y a nulle maison où l’on ne trouve au moins un bicycle disponible. Tous les habitants de la ville savent monter à vélo, à l’exception des vieilles dames, alors que jadis, il était honteux qu’une fille utilise la bécane.

Comme le monde a changé !

La bicyclette rend d’énormes services à la population. On l’utilise dans plusieurs domaines, ainsi que pour exécuter des tâches quotidiennes.

Elle sert à faire des petits déplacements, faire des courses, aller se baigner dans les sources naturelles à l’eau chaude et limpide, etc.

Elle est le moyen de transport des petits fardeaux, surtout quand elle est munie d’un porte bagage. Qui ne se rappelle les gros fagots de palmes, d’herbe ou de bois qu’on apportait des jardins ou de l’oued Zousfana ? 

C’est un outil pour se balader, se promener ou même errer. Là encore on se régalait des randonnées interminables à travers les sentiers à l’ombre des palmiers dattiers d’où pendaient de grosses grappes aux dattes exceptionnelles. Ils se penchent et envoient leurs palmes sur les ruelles qui mènent aux champs ou aux jardins, parfois nulle part.

Il est l’appareil pour faire des sorties, des excursions et, pourquoi pas, des expéditions.

Un véhicule fréquemment utilisé par les fonctionnaires pour aller au travail. Aussi, les élèves l’empruntent pour se rendre aux établissements scolaires.

C’est un dispositif au service du paysan, du fellah de l’artisan, et de toute personne exerçant un travail nécessitant des déplacements obligatoires.

Le vélo est un instrument simple à manier, facile à emprunter, ne nécessitant ni carburant ni papiers. C’est vraiment la voiture des pauvres.

N’est-il pas une machine non-polluante ?

Malheureusement, et malgré le grand nombre de ces engins que renferme la ville, on n’a jamais pensé à en faire des jeux ou des compétitions.

La bicyclette: Un moyen de transport idéal pour les jeunes élèves à Figuig -   Photo: Hassane Benamara

 

Med. Alifdal

www.figuignews.com

 

Ul tettate

Ul tettate ( [1] )

En hommage à Tattâ l’arrière grand-mère de Boubker.

« … Comme il ne s’agit pas d’un conte, il n’est pas nécessaire d’attendre la nuit pour raconter de crainte que nos enfants naissent chauves. Tu vas m’écouter sans comprendre ce que je dis.

Notre langue est tombée en désuétude, et nous ne sommes plus que quelques survivants à en user. Elle disparaîtra avec nous. Ainsi s’engloutira notre passé, et le souvenir des pères de nos pères. Plus personnes ne saura ce qu’aura été, depuis plus d’un siècle et demi l’existence des habitants de ce village… »([2])

Pas besoin d’être un initié, pour comprendre que ce passage illustre la menace qui plane sur les cultures minoritaires, donc sur le lègs de Figuig. Il n’est pas non plus besoin d’être un spécialiste ou un expert pour constater qu’en parcourant les librairies et les bibliothèques, il y a très peu de références au patrimoine culturel africain et encore moins à celui de Figuig. Ceci ne remet pas en cause la nécessité de s’ouvrir sur d’autres cultures et langues du monde… Mais, devons-nous pour autant rester sans rien faire pour garder la notre ?

Comme toute société qui évolue, nous sommes confrontés à une métamorphose de notre culture, de notre savoir-faire, de nos traditions,… Il est donc nécessaire pour nous de réfléchir à sauvegarder et adapter le peu de choses qui nous reste face à un monde qui ne cesse de changer et de nous influencer.

Certes les sources de savoir se multiplient : les livres, Internet, les médias de masse,… Mais dans cet océan de « connaissances » et dans le contexte de la globalisation, il y a très peu de places pour les cultures « minoritaire »([3]).

Un vieux proverbe Bambaras ([4]) disait « Si vous voulez sauver des connaissances et les faire voyager à travers le temps, confiez-les aux enfants » ([5]). Oui, il fût donc un temps où, autour d’« Ilemsi » ([6]) en attendant le dîner, les parents (surtout les grands parents), tout en distrayant les enfants pour ne pas sentir la faim, transmettaient le savoir de leurs ancêtres. Les gens se parlaient ! Aujourd’hui la vedette des soirées est sans conteste la télévision, on l’allume même quand nous avons des invités ! Nous avons perdu la langue ! Nous ne savons plus se parler. Mais nous vivons les problèmes des autres à travers les médias.

Le prix de l’union

Le système qui court dans beaucoup de pays du monde, à savoir la notion de l’état-nation (la doctrine universaliste), qui consiste à créer le mythe de la nation et d’uniformisation : une seule nation, une seule langue, une seule école (Bien sûr non adaptée aux particularités régionales des populations) et parfois même, une seule religion, fait que tout ce qui n’est pas conforme à la doctrine nationale est amené à disparaître. Au lieu de profiter de la richesse que peut apporter la différence, les stratèges de l’état-nation ont effacé tout ce qui était différent. D’une manière directe, ils ont imposé une vérité, leur vérité. Le moyen utilisé était alors l’école. On voit ici l’effet pervers de l’éducation scolaire. L’école sert à acquérir du savoir mais par ricochet peut servir à fabriquer du conformisme. Parfois, comme le cas de nos cher pays, c’est la religion qui sert de vecteur pour véhiculer le mythe d’uniformité culturelle.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur les traditions culinaires pour constater les différences entre populations. En effet, le couscous qui est un plat typiquement Amazigh de Siwa en Egypte jusqu’au Maghreb occidental, n’est pas le même entre Figuig et Bouarfa. Ceci étant, être différent ne veut pas dire non unis ou en désaccord. Au contraire c’est en connaissant les autres tels qu’ils se connaissent eux même qu’on arrivera à se comprendre et à se respecter et par delà même réussir à mieux préserver notre patrimoine culturel et mieux encore, à l’enrichir.

Nous sommes très minoritaires dans la carte ethno-démographique du Maroc en particulier et du Maghreb en général. De ce fait, quand la tempête du conformisme soufflera, il n’y a guerre de doute que nous serons les premiers à être « rayés » de la carte des cultures du pays.

Le processus d’unification du pays et surtout le besoin de fonder un état moderne, dans le sens politique du terme, a installé les bases d’un conformisme culturel. Cette vision profane des cultures traditionnelles du pays a permis de mettre dans ses rangs toute une génération de personnes et par là même à les faire adhérer à cette vision de la nécessité d’effacer tout le patrimoine culturel des autochtones, puisque considéré par les stratèges comme inutile ou signe de sous développement ; alors que ce dernier a servi, et des siècles durant, aux populations locales d’évoluer, de s’adapter et de vivre en harmonie avec leur milieu naturel tout en étant en contact permanent avec les autres cultures.

Guérir de « Akharref » ([7])

Il n’est nullement question ici de faire les pleureuses sur un passé que notre génération n’a pas connu, ni même de fustiger les cultures dominantes ou les médias de manière générale. Mais d’attirer l’attention sur un fait, qui est que toutes les personnes nées à partir des années soixante-dix n’ont connu qu’un Figuig fermé, dans la mesure où les montagnes qui entourent la ville n’ont jamais été aussi infranchissables. Mais c’est aussi à cette époque que les postes radios et télévisions commençaient à fleurir dans les foyers. Donc non seulement, nous n’avons rien vu des plaines, des oueds et des palmeraies tant décrites par les anciens mais aussi nous n’avons appris ni notre langue, ni nos contes ni notre histoire, ni notre savoir faire.

Notre culture étant majoritairement orale, ce qui, en soit n’est pas vraiment un handicape, puisque transmise depuis des siècles et des siècles, mais avec l’arrivée de nouveaux concurrents des anciens conteurs, il faudrait réfléchir à une autre manière pour rassembler et transmettre tous ces acquis aux générations futures sans pour autant compromettre leur désirs de goûter aux opportunités qu’offre le monde globalisé et ainsi tomber dans le même cas que les créateurs de l’état nation ou « [de penser que] Toute la vérité est à [nous], à [notre] pays, à [notre] race, à [notre] religion ! »([8]). Nous devons donc profiter de l’accès aux nouveaux moyens de diffusion (écrits, médias,…) pour réussir à sauvegarder et se faire forger une place au milieu de la jungle des cultures et éviter ainsi à notre société l’Alzheimer. Ecrire, dessiner, filmer, organiser des soirées de lecture, de danse ou de jeux… tous les moyens sont bons. La nouvelle maison de la culture inaugurée récemment en grande pompe peut jouer un rôle très déterminant pour promouvoir et redynamiser la culture locale. Espérant juste que cette dernière ne finira pas par devenir une maison du thé comme l’est devenue la maison de la jeunesse ! Ou de transformer ce qui reste de notre patrimoine en un folklore, comme c’est le cas avec d’autres Amazighs du pays, des danseurs pour les cérémonies officielles!

A vos plûmes alors, et surtout gardez la mémoire.

« Rrkiz », une danse pour la vie

On peut passer des nuits et des nuits à citer des noms de traditions disparues, mais celle-là a une valeur très particulière. Nous connaissons tous le rôle des bassins d’irrigation (chwarej) à Figuig, notamment pour collecter l’eau de la source (Tzadert ou n’importe quel autre Ifli[9] dans les autres ksars) et la redistribuer dans les jardins; c’est grâce à cette eau que la vie a pu être maintenue à l’intérieur de la ville, et que Figuig garde encore un visage vivant. Sans oublier que c’est grâce à ces bassins que tous les enfants de Figuig ont appris à nager et réussi à étonner les spectateurs du plongeon surtout quand ces derniers situent la ville dans une carte géographique ([10]). Avant l’arrivée du béton dans la ville, les bassins étaient construits avec de la chaux, du sable fin et la pierre bien sûr. Quand on sait que le béton a des effets néfastes dans les climats désertiques, on se demande parfois pourquoi il est encore utilisé dans la construction. En effet, le béton ayant une conductivité thermique beaucoup plus importante que les autres matériaux de construction, celui-ci joue le rôle d’une poêle chaude, donc l’eau s’évapore plus rapidement. La construction des bassins n’était pas une activité courante, car on ne construisait pas des bassins à tout va (encore faut-il avoir de l’eau à y mettre), l’événement avait donc une importance particulière aux yeux de la population, c’était tout un cérémonial ! Et comme tout grand chantier, l’opération était dirigée par un maître-maçon. Le jour le plus important dans la construction était le jour du damage du fond du bassin juste avant le crépissage des murs. Ce jour là, le propriétaire fait appel à des volontaires (même principe que Twiza[11]) et prépare une nourriture très riche (Couscous avec viande, beurre, miel,..), des hommes, des femmes et aussi des enfants viennent assister au chantier cérémonie.

Au fond du bassin, une équipe d’ouvriers dameurs-danseurs armés d’un pilon (Arekkaz) sur chaque main et chaussés de bottes faites de laine, de peau de chameau ou de trames fibreuses de palmiers (Lefdam). Des femmes danseuses habillées en costumes de fêtes et enfin un homme seul (une sorte de soliste) à l’opposée des équipes de danseurs tient une mariée en bois (Tassleyt n uqqechoud) comme celle utilisée lors du rite A??nja Tabburja([12]).

L’orchestre de griots-musiciens et les spectateurs se tenaient sur les bords du bassin.

Quand la cérémonie commence, les griots se mettent à chanter des chants d’amours, les dameurs-danseurs en ligne face aux femmes danseuses, tout en damant le fond du bassin et répétant des refrains comme dans les transes (Al?ah ?l?l?ah. .), avancent vers les femmes, celles-là reculent, puis, avançant vers les hommes ceux-là reculent. Suivant le même rythme que les autres, le soliste fait danser la mariée en bois.

Les spectateurs sur les bords du bassin lancent des youyous, ou répètent eux aussi les refrains.

De temps en temps une pause est marquée soit pour boire du thé ou manger le couscous, puis le travail reprend.

Cette cérémonie se nommait « Rrkiz »; malheureusement il ne reste plus beaucoup de gens en vie ayant connu cette cérémonie, selon un témoin, le dernier « Rrkiz » à Zenaga([13]) remonte aux années cinquante([14]). Ce témoin nous a d’ailleurs raconté une anecdote qui s’est produite lors de cette cérémonie. En effet le propriétaire, étant un peu conservateur, refusait de faire appel aux danseuses, les ouvriers boudèrent alors tout simplement le travail, ne voulant plus danser seuls comme des fous. Le propriétaire a fini par céder et respecter la tradition.

Cette danse avait une symbolique très forte, dans la mesure où elle participait au maintien de la vie dans l’oasis, et aussi par la présence de la femme, symbole de la fertilité chez les Amazighs, dans la cérémonie. Je vous laisse donc imaginer tout ce qui a pu disparaître avec cette danse.

Selon notre témoin ce bassin est l’un des derniers à avoir respecté la tradition. Il a été refait depuis en béton.

Mohammed Mokrane

www.figuignews.com


[1] N’oubliez pas.

[2] MIMOUNI (Rachid), L’honneur de la tribu, Stock, Paris, 1999.

[3] Démographiquement c’est les cultures dominantes qui sont minoritaires.

[4] Ethnie d’Afrique de l’Ouest, majoritaire au Mali.

[5] HAMPATE BA (Amadou), Contes initiatiques peuls, Pocket, Paris, 2000.

[6] Ilemsi (Foyer), dans beaucoup de culture comme à Figuig, le foyer est par excellence l’endroit ou se rassemblait toute la famille pour manger, échanger et discuter des affaires ou se raconter des histoires anciennes.

[7] Littéralement, l’effet de l’automne sur les arbres. Chez les Amazighs de Figuig ce terme est utilisé pour désigner une personne qui a perdu ses facultés intellectuelles. Peut aussi désigner une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer.

[8] Expression tirée des enseignements de Tierno Bokar dont Hampâté Bâ était un disciple.

[9] Source d’eau sous-terraine.

[10] Le développement de ce sport à Figuig s’explique en partie par la présence des palmiers aux abords des bassins qui servaient donc de plongeoir.

[11] Voir l’article de H.BENAMARA à : http://figuignews.om/?p=929

[12] Rite pour invoquer la pluie (Fera peut être l’objet d’un prochain sujet).

[13] Figuig est divisée en sept ksars le plus grand (moitié de la population) se nomme Zenaga, Iznayen par les habitants de la ville.

[14] En fait il y a eu quelques « Rrkiz » après, mais ceux-ci ne respectaient plus toutes les règles de la cérémonie.

Eloge de l’analphabétisme

avril 10, 2010 Actualité 2 Commentaires

Qu’est ce qu’être analphabète ? C’est une question qu’on se pose souvent et pour laquelle on n’a pas trouvé de réponse tellement le monde évolue ! Il évolue au point même où aujourd’hui, on se pose une autre question : à quoi sert de ne pas être analphabète ? C’est du jamais entendu au Maroc.

L’école de l’oubli ou l’école de l’aliénation

Qu’apprend-on à l’école marocaine ? Des langues étrangères oui toutes étrangères, l’histoire des autres pays, les mathématiques bien sûr, les plantes et les animaux des autres pays…

On doit apprendre des autres, c’est cela l’ouverture de l’esprit. Mais, qui sont ces autres et qu’ont-ils à nous apprendre ? Il s’agit bien entendu de ces fameux étrangers qu’on apprend à vénérer au point où tout écrivain ou artiste non-marocain devient digne de vénération à l’extrême et au point même où on fait croire aux gens qu’ils sont tous originaires de ces contrées lointaines et que leur pays n’a été que tardivement crée par dieu, géographiquement parlant.

On se croit encore à des époques protohistoriques et on continue à imaginer encore ces fameux Phénicien, Assyriens, Babyloniens, Pharaons ! L’Orient est la source du soleil, du savoir, de l’art et de la vie. Le reste du monde croupit encore dans l’ignorance.

L’école marocaine est très ouverte sur le monde mais ouverte au point où elle ne voit pas où elle se trouve. Un élève marocain connaît tout sauf lui-même et la culture de sa terre. Il se sent étranger chez lui : il est fait pour vivre ailleurs… Il ne connaît rien de l’Histoire de son pays, de son architecture, de sa musique, de sa culture… bref il est bâtard lui qui a une origine d’une profondeur ! D’ailleurs la télévision marocaine est là pour tout complément d’information : avec des budgets marocains on encourage les non-marocains ou faute de non-marocains, ceux qui, parmi ces fameux jeunes porteurs de projets, veulent imiter les étrangers. C’est l’art de reproduire la médiocrité à l’infini. Des budgets pour créer des perroquets. C’est aussi ça la créativité. Les artistes ou les talents marocains doivent s’exiler pour être découverts à l’étranger pour qu’enfin on crie au « génie marocain » de l’étranger ou à « l’émigration des cerveaux ». Pour être quelqu’un dans notre pays, il faut s’exiler. Les autres, eux, ils sont dignes de subventions et de dons de quelques millions d’euros ou de dollars seulement.

A l’école on apprend tout sauf l’essentiel : nous et notre milieu.

 Le mérite d’être analphabète

Quand on est analphabète, on est dans un paradis et dans une quiétude ! On n’attend rien, on sait qu’il faut aller directement dans un bureau et se battre, on ne se casse pas la tête avec ces lois faites pour être violées par ceux-là même qui les font. On ne croit pas aux vertus de cet écrit mais, malheureusement et c’est là le seul défaut de l’analphabétisme, on ne voit pas et on ne sent pas ce bonheur et ce mérite car on se croit inférieur à ces gens arrogants et orgueilleux qui connaissent les mondes étrangers, qui se croient originaires des pays lointains et qui ne parlent pas comme le peuple …

 A quoi sert l’écrit ?

On se demande plusieurs fois à quoi pourrait servir de savoir écrire ou lire. Quand on circule dans les routes marocaines, on ne trouve aucune indication ou alors des indications erronées. Un homme qui sait lire se trompe et se perd souvent. Pour remplir un formulaire, on n’accepte pas que vous le remplissiez vous-même mais qu’il soit rempli par un agent recruté et agréé officieusement moyennant dix à vingt dirhams sinon, vos papiers sont refusés. Ce qui est écrit dans une publication n’a aucun sens du moment qu’il n’est accompagné d’aucune responsabilité. Au travail, vous signez des circulaires et vous exécutez des consignes orales qui parviennent à vous par voix hiérarchique : le premier dit au dernier. Les indications dans les routes ne sont que des pièges pour faire payer les automobilistes…

On dit au Maroc : qui sait parler ne se perd pas « Lli b elsanou ma yetlef ». Cela résume tout : il faut parler. Lire ou écrire ne servent à rien. Et le pire c’est qu’à des hauts niveaux, on ne se sert pas de l’écrit. Tiens ! Vous écrivez à un bureau quelconque, à une université, à un institut, à une grande école, au dépôt légal, à la mutuelle, à un ministère, à une association, à un organisme chargé de protéger les citoyens, à une banque, à une agence de téléphone, à qui vous voudrez au Maroc vous n’aurez pas ou jamais de réponse. Vous l’aurez dans le seul cas où votre nom résonne comme le nom de quelqu’un d’influent ou lorsque vous allez acheter. L’écrit ne sert à rien du tout c’est un trompe l’oeil. Et à force de déceptions vous tombez malade de cette maladie psychique dite la bureaupathie. C’est l’un des nombreux symptômes de la seule, l’unique et vraie bureaucratie.

 Qu’est ce que la bureaucratie alors ?

A force d’écrire à des bureaux, à force de leur téléphoner, à force de les contacter directement et indirectement vous finirez par comprendre ce qu’est la bureaucratie. C’est tout simplement cette petite équation mathématique : M + R = B (Marocain + Responsabilité = Bureaucratie). Faut-il alors démarocaniser les responsabilités ? C’est une très bonne question à laquelle je n’ai pas de réponse.

Hassane BENAMARA

www.Figuignews.com

FIGUIG pour Moi…

Quête de retrouvailles avec une mémoire perdue …

FiguigSouvenirs et cycle des saisons

 Figuig pour moi c’est une enfance heureuse et insouciante. Des  souvenirs de couleurs, de saveurs  et d’odeurs de la terre. Un espace qui m’a donné la chance de pouvoir sculpter dans mes profonds la beauté des hommes et de la nature à travers un regard multidimensionnelle constamment renouvelé. Un temps qui semblait figer  l’écoulement des heures, la succession des jours, la ronde des saisons et le cycle des années à dessein de  nous accorder le plaisir de flasher sur la pureté de l’aube, la vénusté du matin, la magnificence de la lumière du Midi,  la sublimité du crépuscule et la quiétude de la nuit.

harmonie  Harmonie des éléments

 Figuig est pour moi une belle expérience de vie chimérique qui dépasse les frontières de l’ordinaire ; une méditation sereine et apaisante associée à la spontanéité créatrice d’amour ; une philosophie qui enseigne le sens de la communauté de goûts, de vues et de sentiments ; un très joli théorème qui vérifie la relation de causalité reliant la réclusion et la souffrance à la grandeur d’âme et à la noblesse de sentiments.

Figuig pour moi c’est l’harmonie de la nature avec elle-même, une belle union de ses éléments si opposés paraissent-ils. Des palmier-dattiers qui surgissent des entrailles de la terre aux pieds des montagnes ; des champs agrémentés d’une luxuriante verdure qui défient l’avancée du désert ; des cours d’eaux qui tracent leurs chemins au milieu des habitations et l’amour des gens qui s’agrandit au fur et à mesure que les horizons visibles de l’espace qui les entourent se rétrécissent sur eux.

Figuig est pour moi un morceau de musique joué par un virtuose qui sait improviser sur les rythmes violents de la nature déchainée mêlés aux rythmes fades de l’isolement politique, social et économique, pour les traduire enfin en une symphonie de paix intérieure qui impulse l’indifférence et la neutralité face au quotidien et aux imprévus. Figuig c’est cette chanson que tout le monde a apprise sans effort mais que personne ne sait chanter qu’avec un chœur réfractaire et joyeux.

Towards to the sun Synergie de groupe

Figuig pour moi est un lieu où se préserve la chaleur des liens fraternels,  un espace où se sont nées la charité et la compassion, l’endroit où ont  germé la noblesse et  la générosité des gens, une sphère de jouissance extrême et d’amour jusqu’au delà de la raison ! Et un univers ou règne la sérénité et la quiétude de l’âme.

Figuig c’est l’histoire sans début, née dans une géographie sans repères : Cette histoire qui s’écrit devant nos yeux chaque jour et chaque instant. Des vieilles traditions qui perdurent bien que la société ait connu de profonds changements à travers son vécu. Une véritable synergie de groupe, d’autant accentuée dans des situations spécifiques telles le deuil, les fêtes de mariage, le pèlerinage et autres occasions. Cette tradition  fait  à elle seule la grandeur de cette communauté. Encore ! Nul ne peut disconvenir que l’entraide et  la coopération ne soient un de sa nature. Les bons offices de la communauté locale ont une longue tradition, elle assurait la médiation des négociations qui favorisait la conciliation des intérêts des personnes adverses et résolvait les divers conflits qui opposaient des groupes  familiaux et/ou  sociaux entre eux.

subjectifDiscours subjectif

Figuig c’est pour moi le refus que je ne peux me tolérer d’ébruiter ; et l’acquiescement que je ne tarde de mettre au grand jour à la moindre occasion ; c’est « NON » quand c’est pour une piètre cause que je veux ne retenir que pour moi seul, et c’est «OUI » quand c’est pour faire partager la bonne raison avec les autres. C’est un sourire au pluriel et des larmes au singulier. C’est le présent d’un passé non composé qui reste sans futur (du moins un futur proche)… ! Et si c’est pour demain, un conditionnel s’impose… Figuig c’est la plus longue phrase jamais construite… sans point, sans interrogation et sans exclamation à sa fin!… Mais une phrase qui se termine à l’évidence par un crochet au MAJISCULE.

Figuig est pour moi un « PLUS » quand il faut ajouter, et un « MOINS » quand il faut ne rien retrancher. Une évidence comme un postulat lorsqu’il s’agit d’aimer et une anomalie de raisonnement à l’exemple d’une mauvaise conjecture quand c’est pour éprouver de la haine. Un beau rêve d’enfants quand l’itinéraire de voyage est orienté vers son périmètre géographique, et un véritable cauchemar quand c’est le temps fini qui proclame de quitter ce lieu serein vers la monotonie, l’amertume et le vertige  provoqués par la chute dans le sens opposée.

espoir Espoir et expectative

Figuig est au bout du compte : le temps de l’insouciance où l’espoir voit le jour, le nid où agrandit l’optimisme et la confiance en l’avenir, mais aussi et surtout : les grands bras qui accueilleront véritablement les braves, les héros et les parangons de vertu qui ne se sont jamais permis de la délaisser dans le malheur et l’abandonner à son sort toute seule.

 

 

poemePoème …  (pardonnez-moi mon incursion)

 Je crois enfin que grâce à ces quelques modestes quatrains, Figuig acceptera peut  être de me donner le réconfort dont j’ai tant besoin afin de continuer à espérer qu’un jour, la ville qui pleure de nos jours en silence, restituera son sourire perdu et retrouvera sa dignité dérobée.

 Si je suis un oiseau, que mes ailes se brisent

En haut de tes montagnes qui écoutent la bise

Au dessus de tes champs mouvants comme la lise

Je me poserai bon sur tes bras chaleureux

 rose

Si je suis la lune qui éclaire ta nuit

Du soleil d’été, ou un astre fortuit

Qui brilla un  jour laissant tous éblouis

J’habiterai ton cœur et vivrai heureux

  rose

Si je suis du tonnerre, un vent violent

Un déluge, ou un ciel sanguinolent

Les malaises du milieu ou leurs équivalents

Je n’aimerai guère  être, sous tes cieux, fougueux !

 rose

Si je suis un cœur qui bat tous les jours

Ne se repose la nuit,  ne se lasse le jour 

Pour répandre la vie et éveiller l’amour

Mon sang irriguera tes champs broussailleux

 rose

Si je suis un mot, un éloge ou une strophe

Savant, poète, ou illustre philosophe

Une vertu, une gloire, un nouveau triomphe

J’érigerai ton nom en un sens ingénieux

 rose 

Si je suis la paix, l’honneur de tous les  guerriers

Et le brave qui ne repose sur ses lauriers

Si c’est moi qui dresse la voie aux aventuriers

Je  brandirai au ciel ton drapeau glorieux

 rose

Si  je suis un rêve, une forte aspiration

Une belle idée, doctrine ou conception 

Si l’idéal est incarné par mes émotions

Je ferai de toi mon esprit le preux

 rose

Figuig c’est toi que j’adore et toi que j’aime

Tu es ma devise, tu es mon emblème

Un dictame  pour mes maux les plus extrêmes

Et un doux remède pour mon cœur malheureux

  

Mohammed MESSAOUDI

http://Figuignews.com

 

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8 juin 1903, l’acte de décès de Figuig

mai 29, 2013

Mur construit pour contrecarrer la superpuissance française Il s’agira dans cette note d’une petite réflexion sur un événement qui a mis Figuig à genoux et dont les conséquences se paient jusqu’à nos jours !

Mamma Yezza, l’éternelle chanson

mai 27, 2013

A mamma yezza est l’un des chants les plus populaires chez les Figuiguiens. On ignore l’identité de son auteur, ainsi que la date de sa parution. Ce chant a été collecté auprès de la population de Figuig, en veillant à ce que son originalité ne soit pas altérée. Sa notation musicale, que je présente ici [...]

Arlette Chambras, une inconditionnelle de Figuig

mai 25, 2013

Arlette Chambras Madame Arlette Chambras, épouse de feu Paul Chambras, connu par les visiteurs de ce journal, une femme un peu particulière dans sa relation avec Figuig qu’elle visite au moins deux fois par an depuis une décennie a bien accepté de nous accorder cette interview consacrée à sa relation avec cette terre.

Des jeux qui défient les temps et les frontières

mai 21, 2013

Jeux qui défient les temps ! Bonjour ! Nous sommes Ikram Hakkou et Imane Noceir âgées de 16 ans ; nous sommes en première année du baccalauréat sciences mathématiques. Nous vous proposons de jouer des jeux qui semblent très anciens mais qui demeurent encore très connus chez nous : ce sont limsibeat / timsibeat (les osselets) [...]

Interview avec Maarten Kossmann

mai 17, 2013

Maarten Kosmann Maarten Kossmann, linguiste spécialisé dans la langue et la littérature amazighes, entre autres, était de passage à Figuig où nous lui avons demandé de nous accorder une interview. Cliquez ici pou lire la même interview en tamazight.

Les ossements de la gendarmerie de Figuig (suite)

mai 15, 2013

Le dossier de la découverte macabre du 21 janvier 2013 tout près du local de la Gendarmerie Royale de Figuig semble avancer selon hibapress. Ossements trouvés devant le local de la Gendarmerie Royale de Figuig

Halte à la « prostitutionnalisation » de nos adolescentes !

mai 14, 2013

Un malheur n’arrive jamais seul et à tous les fléaux qui s’abattent sur Figuig s’ajoute un autre qui vise, cette fois, sa fierté : ses filles, les mineures parmi ses filles ! Ces derniers mois, l’on assiste à une profusion de récits mettant en scène des adolescentes arrêtées ou trouvées avec des adultes. Nos filles sont ciblées [...]

Flash photos du Festival des Oasis dans sa septième édition

mai 13, 2013

Ouverture officielle du festival Nous vous invitons ici à une petite visite en photos de certains aspects du festival des cultures oasiennes dans sa septième édition. Il ne s’agira ni d’évaluation de cette manifestation, ni de sa couverture médiatique.

La DST de Figuig et les deux algériens de Hassane

mai 12, 2013

Aujourd’hui 12 mai 2013 vers 13 heures, dans la salle de la Maison de la Culture de Figuig, nous, Hassane Benamara, avons  été victime d’un harcèlement de la part de l’agent de la DST de Figuig connu sous le nom de Saïd qui n’a pas hésité à venir nous demander sans aucune forme de politesse [...]

Festival international des cultures oasiennes du 10 au 12 mai

mai 8, 2013

La ville-oasis de Figuig connaîtra la 7ème édition du Festival des cultures oasiennes du 10 au 12 Mai 2013 . Cette manifestation devenue annuel en partenariat avec le Ministère de la Culture, l’Agence de l’Oriental et la Municipalité de Figuig, le conseil régional, la province de Figuig, … d’autres partenaires nationaux et internationaux. Ce festival [...]

TIFSA, un nouvel album bientôt sur les étales

mai 8, 2013

Groupe Tifsa   Dans sa quête du typique et du local et dans un élan de modernisation de la musique et de la chanson de Figuig, Tifsa lancera très prochainement son premier album intitulé TIFSA.

Un pigeon pour la science

mai 6, 2013

Pigeon arrivant à Figuig après un voyage ( ?!) Un pigeon portant deux anneaux dans ses pattes a été trouvé (chassé) dans la palmeraie de Figuig vers la fin avril 2013. Dans l’un de ces anneaux, on peut voir l’indication

Photographie pour collégiens

mai 4, 2013

Hôpital de Figuig : installation de l’expo dans le hall d’accueil Récapitulons… déjà, le 16 mars dernier, alors que la Fédération des Associations de Figuig Maroc en France organisait une journée d’étude à Aubervilliers (France), une première exposition franco-marocaine a eu lieu. 20 photos des jeunes de Figuig et ceux de Stains ont pu être [...]

Canaux d’adduction des eaux du barrage, entretien avec le président de l’association Ajdir

avril 30, 2013

Barrage, une vue 2013 Le barrage de Figuig est fini mais les difficultés liées à l’adduction de son eau vers certaines palmeraies de la ville notamment celle de Zenaga et celle d’At Slimane se posent en problème où le technique se mêle au politique, au ksourien, aux règlements de comptes entre individus, aux calculs personnels… [...]

Les aqueducs de Figuig, un patrimoine menacé de disparition !

avril 27, 2013

Aqueduc cassé par les crues d’Ibouchelliqen et abandonné jusqu’à… Des aqueducs plusieurs fois centenaires attestant d’une maîtrise de l’art de construire des ponts et des arcs d’une grande variété et d’une grande beauté sont actuellement entrain de tomber les uns après les autres. Une richesse qu’ Ighzer n Ibouchelliqen emporte sans pitié lors de ses [...]

Nouvelle thèse sur Figuig

avril 24, 2013

Monsieur Mounir AMAR vient de soutenir une thèse de géologie sur Figuig avec mention très honorable. Le sujet touche un point très vital pour une oasis comme Figuig à savoir l’eau. Cette recherche est une contribution très importante à la connaissance du fonctionnement du système hydrogéologique du Haut Atlas oriental. Son auteur y a recours [...]