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NNayer à Paris : Des rires et des larmes

février 27, 2017 Art & Culture, Espace social et citoyen 8 Commentaires

En scène

Les Figuiguiens de France se réconcilient enfin avec leurs traditions ! Le samedi 28 janvier  2017 de 19h à minuit l’AZF (Association de Zenaga France) a eu l’ingénieuse idée d’organiser une soirée festive fidèle à ses racines figuiguiennes en proposant un grand berkoukes accompagné d’un spectacle riche et varié. L’association a certainement réussi, pour la première fois de son existence, à dépoussiérer cette coutume annuelle en célébrant l’une des fêtes millénaires appartenant à la culture et au patrimoine figuiguiens trop longtemps distillés dans des couleurs qui lui sont peu familières.

Auberge de Jeunesse Yves Robert, la salle

Cette fois-ci l’AZF et ses sympathisants n’ont pas hésité à fouiller dans les vieilleries de ce qui n’était qu’un débat d’utopistes il y a encore quelques années : le burnous et le turban du présentateur M Sardouk, le tee-shirt et le drapeau amazigh, les livres sur Figuig présentés à l’accueil et le spectacle entièrement amazigh ont clairement donné le ton.

Un costume bien de chez nous

Il a fallu plus d’un demi-siècle de présence en France pour qu’on puisse enfin se dire qu’on existe, nous autres Figuiguiens déracinés mais presque enracinés dans un nouveau terrier. S’assumer un peu, ne serait-ce qu’un laps de temps… Quel est le secret de cette peur de nous-même qui continue de nous habiter ?

Fafa Guerrab, un ancien inconditionnel du théâtre scolaire

Tel un fantôme, un revenant qui renaît de ses cendres, Fafa Guerrab, un ancien inconditionnel du théâtre scolaire figuiguien des années 1980-1990 est réapparu ce soir-là dans toute sa performance, avec une saynète extraite de sa pièce Tfinsra dont le titre évoque toute sorte de fuite : pas seulement celle des maisons construites en terre lorsqu’il pleut (traduction littérale du titre), mais aussi celle des humains eux-mêmes, comme celle des valeurs en passant par celle de la transmission et de la passation de tout un monde en déperdition. Il a ainsi incarné le rôle d’un homme figuiguien en proie à une nostalgie et à des remords incurables. Ses larmes chaudes le temps d’un monologue ont non seulement su faire taire la salle, mais mettre mal à l’aise plus d’un, car le thème est sérieux et l’émotion n’en est que renforcée. Les propos sur fond poétique nous renvoient à une problématique d’ordre moral que tout oasien ou oasienne continue de se poser : partir ou rester ? Perpétuer les traditions ou rompre avec elles ? Etre fidèle aux recommandations paternelles ou s’en dévier ? Les liens complexes avec la terre mère nous reviennent au visage comme un boomerang qui ne veut pas arrêter ses rotations. Mais la prouesse de cet homme de théâtre réside aussi dans le passage d’un registre à un autre sans transition. Dès que les spectateurs ont essuyé les larmes du chagrin, ils reprennent leurs mouchoirs pour essuyer celles du rire, car Fafa imite à merveille le fils ivre qui ironise le père soucieux des siens et de son oasis.

Le fond musical avec l’oud de Faya Darkaoui

Le fond musical avec l’oud de Faya Darkaoui se met au diapason du monologue dont on regrette la brièveté. Il est peut-être grand temps que cet enfant des planches scolaires figuiguiennes réendosse son costume qui lui sied si bien, celui du comédien !

Comédien et comédienne

Quelque temps après, un groupe de femmes surgit de nulle part et se met spontanément à battre la mesure avec OURAR, le rythme éternel de Figuig accompagné de chants relevant du patrimoine de notre oasis. OURAR a repris son rôle majeur, celui de maman joyeuse et en même temps protectrice de tous les rythmes figuiguiens.

OURAR, le rythme éternel de Figuig

Au masculin, c’est MOUNAIM et son groupe de doundoun qui donne la réplique et rappelle les cadences de Ramdan et de l’Aïd amziane, ces joies enfantines perdues dans les méandres de la nostalgie.

Doundoun, cadences de Ramdan et de l’Aïd amziane

A l’évidence les musiciens étaient au rendez-vous comme à leurs belles habitudes, Mekki Otman, Faya Kassou et Omar et Belkhir Olhaj, Driss Okadi et Faya Darkaoui, j’en oublie certainement d’autres, n’ont cessé de donner le meilleur d’eux-mêmes tout au long de cette soirée festive. Les artistes enfants de l’oasis étaient au complet, du rythme à la voix, en passant par la posture, tout devient synonyme de modestie, d’humilité, d’engagement et d’amour difficile à avouer pour une terre mère qui nous quitte un peu plus chaque jour vécu loin de ses dattiers.

Faya Kassou et Belkhir Olhaj,

Mekki Otman

Omar et le groupe

La music toujours la music

Driss Okadi

Le groupe de Driss Okadi

Mou Zaïd a bien su réjouir le public avec ses tinfas et ses répliques en rimes qui traduisent les ressources inépuisables de la culture orale. Le chagrin et la solitude de l’immigré clandestin chez ce parolier talentueux sont dits de façon légère et fluide comme au temps des poètes errants et des troubadours.

Mou Zaïd a bien su réjouir le public avec ses tinfas

Mais les boulettes d’un berkoukes bien relevé et le thé du grand sud n’ont pas laissé de place à l’émotion, ce temps de digestion est souvent réservé aux retrouvailles et aux commérages, parfois même critiques à l’égard des organisateurs ! Qui hélas, font bien partie de ce qu’on peut appeler le revers de la médaille figuiguienne, taskkit chez certains !

Et le théâtre

Pas de NNayer sans berkoukes

Berkoukes

Lors de cette soirée tout concourait à considérer qu’une touche d’espoir naissait dans les esprits des figuiguiens de France, de l’accueil chaleureux des membres organisateurs, aux youyous stridents et permanents des femmes présentes au spectacle, et surtout à leur participation forte et efficace. En effet la salle fut comble et les multiples va et vient entre l’amphithéâtre où se tenait le spectacle et le lieu pour se restaurer furent témoin de cette soif indéfinissable de gouter, d’écouter, de chanter, de rire, et de pleurer le grand Ifyyey dans toute sa splendeur. La soif pour Ifyyey est presque physique, comme celle que l’on a peut-être vécue un jour ou l’autre lors d’une chaleur torride au sein de l’oasis : elle revient toujours en force, alors laissons, ou plutôt aidons, les belles initiatives comme celle de l’AZF à l’assouvir !

Pour faire plaisir aux oreilles

Parole aux nouvelles générations

Salle comble

Jamal MOKRANE 2017

 

Actuellement il y a "8 commentaires" sur cet article:

  1. AZF dit :

    Merci beaucoup jamal pour ce compte rendu.

  2. hassane dit :

    Oui Jamal, tu as su mettre le doigt là où il faut. Texte très bien fait !

  3. sassa dit :

    merci Jamal comme si nous étions la-ba avec vous ,espérant que ça se recommence chaque année.
    Ce mème samedi mais ici à Figuier et à 17 heures on a fêté la nouvelle année Amazyghe l’Association Nahda a organisé une soirée artistique dans la quelle les enfants de Nahda ont présenté la pièce artistique « la mémoire de l’oasis  » qui parle des coutumes et des anciens traditions , chants et jeux de Figuig.y compris Orar .Aussi mekki était présent avec une de ses chansons qu’on transformé en
    chorégraphie , De méme pour Omar Oulhaj c’est Ali Haddad qui a chanté sa chanson de Tajra ….. Donc Nous ici et vous la-.
    j’ai une Demande à Hassi ou à Jamal je veux les paroles de la chanson  » Nchni dimazyanen ila ghrnekh azraf a monawach iqaghzer …….. » de Driss Okadi il l’a chantait aux environ de 2000 à Figuig .je n’ai pas les cordonnée de Driss .
    merci tous et merci Figuignews

  4. ahmed dit :

    bonne initiative de la art de l’AZF, c’est une première. Nous esperons de bonnes suites. Bon courages les gars

  5. Ffaya Amer dit :

    Merci Jamal d’avoir partager avec nous les moments précieux de la grande soirée en hommage à la culture de Figuig , Bravo Alwchun 3uqbal imal, Merci figuignews,

  6. michel Breil dit :

    Dans votre reportage on sent un peuple fier de ses origines, de sa culture. Ce devait être une bien belle soirée. Affirmons toujours plus haut la richesse de nos différences, nous avons tous à apprendre des autres dans ce monde où certains aimeraient nous mener vers l’obscurité. Bonne route à tous.

  7. Hassi dit :

    Bonjour tout le monde,
    Tout d’abord je tiens à remercier Jamal pour son texte formidable permettant à tout les absents d’être présent avec nous ; à Figuignews qui nous offre cet espace pour s’exprimer et publier nos activités .
    Cet événement était irréalisable sans l’engagement inconditionnel de tout nos artistes et aussi l’équipe organisatrice qui a été présente jusqu’au bout malgré les contraintes de la vie parisienne.
    Un grand merci aux femmes de l’association à Figuig pour l’envoi de berkoukess et aux femmes figuiguiennes à Paris pour sa préparation.
    Je tiens à préciser que notre association à fait de son mieux pour « haz laghbart » et montrer le chemin à suivre .
    Oukbalimal si tout le monde le veut bien.

  8. Nadine dit :

    Merci Mohammed de m’avoir convié à cette belle soirée. Même si je ne comprenais pas les paroles, j’ai été sensible à la musique berbère. J »ai apprécié les artistes qui se sont succédés sur scène.
    L’article de Jamal, très bien écrit, m’éclaire sur le contenu des textes.
    Je me sens privilégiée que tu aies partagé ton amour de Figuig avec nous à travers cette formidable association AZF dont j’ai pu rencontrer les sympathiques membres du staff.

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